Prélude électronique des femmes

Le premier morceau électronique créé par une femme date de 1938… Et c’est loin d’être le dernier. Johanna M. Beyer, avec Music Of The Spheres, était une des seules intéressées par l’électronique à son époque. Aujourd’hui, on voit des artistes comme Paula Temple, Maya Janes Coles ou Nina Kraviz : des DJ et productrices qui continuent à nous épater, avec du bon comme du superficiel. Mais malgré leur présence croissante, la scène reste majoritairement masculine en 2017. Et même si plus d’unes nous offrent un véritable plaisir auditif, elles manquent encore parfois de visibilité.

L’électronique et la mécanique ont souvent été les domaines de prédilection des hommes. Mais ce n’est plus le cas aujourd’hui, bien que ceux-ci restent dominés par la gente masculine… C’est d’ailleurs le cas du monde de la musique électronique. Un avantage ou un obstacle? Les points de vues divergent. Pour la coordinatrice du festival activiste “She Makes Noise”, Natalia Piñuel, il y a encore du progrès à faire. « Notre société, et particulièrement cette industrie, reste dominée par trop d’hommes machistes », affirme-t-elle. Et c’est pourquoi, à travers son festival, elle partage des projets sonores et visuels créés exclusivement par des femmes. Depuis maintenant deux ans, films, sons, musiques expérimentales et ateliers se déroulent dans le centre culturel de la Casa Encendida à Madrid. Un succès remarquable qui laisse cependant certain.e.s perplexe.

Pour Charlie X, DJ hollandaise et graphiste résidant à Madrid, ce festival met en avant la qualité et le sérieux de l’offre électronique féminine. Dans une industrie où l’apparence physique prend parfois le dessus sur la qualité musicale, certaines en profitent pour se faire de l’argent facilement sans porter un réel intérêt à la musique… Tandis que d’autres jouent – ou se sentent forcées de jouer – sur leur aspect afin de se faire connaître… Pendant que d’autres encore arrivent à contrer ce standard. Mais pour Charlie X, un line-up 100% féminin ne serait pas le meilleur moyen de combattre cela : exclure les hommes ne résoudrait pas le problème.

Par contre, elle fait partie d’un collectif DAS SHE CRAY :  « On gagne beaucoup en visibilité en étant un girls’crew ! ».13308230_312949139036134_4423100128862718041_o

« On veut juste que les gens s’amusent »

En Belgique, la culture et l’art occupent une place importante depuis toujours. La musique électronique y tient sa place et ce depuis les années 80, avec Front 242 par exemple. La Belgique serait donc un pays novateur et pionnier où l’électronique continue à faire parler d’elle – surtout dans la région flamande. Comparable à la scène hollandaise, un focus sur la problématique serait moins nécessaire qu’en Espagne. Pour Charlie X, en Belgique ou en Hollande, on ne fait pas attention au genre de l’artiste. « On veut juste que les gens s’amusent », dit-elle. Pourtant, de nombreuses plateformes et événements continuent à être mis en place afin de garantir une meilleure visibilité aux femmes. C’est le cas du festival « Voix de femmes », qui nous a fait voyagé pour la douzième fois à travers de nombreuses créations féminines contemporaines… Une initiative prise dans un but social, qui permettait aux femmes d’origine étrangère de se faire connaître en Belgique. Au fil du temps, le projet s’est agrandi et s’est propagé en dehors du Brabant Wallon, incorporant toutes sortes de disciplines et d’origines. Du 10 au 20 octobre 2016, des concerts, des rencontres, des films ou encore des ateliers ont eu lieu entre Gand, Bruxelles et Lièges. Si vous l’avez raté : rendez-vous l’année prochaine, même période.

Mais plus à l’Ouest de chez nous, l’art contemporain et l’électronique n’ont pas convaincu un aussi large public – sauf à Barcelone. « La société espagnole reste encore très traditionnelle et patriarcale… Ce qui freine beaucoup d’artistes féminines. », souligne Natalia Piñuel. Et qui dit bon développement culturel, dit bonne culture de musique électronique.

Ce qu’en pensent les hommes ? Nous avons demandé l’avis sur la question à Bluebarber, un DJ madrilène. « En général, certaines DJ sont mieux payées que les DJ masculins à Madrid… Et ce n’est pas toujours la qualité qui justifie leur prix. », nous confesse-t-il. En revanche, il soutient les productrices et les femmes aux platines qui se battent contre cet univers. « Des femmes qui produisent une composition ou un set de qualité… C’est déjà une bonne façon de combattre ceux qui continuent d’affirmer que le monde de la musique électronique n’est pas fait pour les femmes », nous rapporte-t-il.

14469716_1314759818535783_6649517305607790030_n

Même si certains ne font toujours pas confiance au savoir-faire des femmes, la recette des artistes comme Karenn ou Fatima Yamaha a séduit internationalement. Et surprise : ce sont des hommes! Surtout depuis 2015, beaucoup de DJ ont tendance à s’approprier des noms de scène féminins… Une mode qui continue à persister, mais plutôt du côté de la scène techno moins bling-bling. En effet, il suffit de regarder des classements comme celui du magazine britannique spécialisé dans l’EDM, DJ Mag : seulement deux figures féminines sont dans leur Top 100 de 2016. Presque à la moitié du classement, on retrouve les deux sœurs mannequins Nervo, et un peu plus loin Miss K8 qui force son style hardcore et gabber saupoudré d’une pointe de vulgarité. Un nom féminin sur 100, et trois femmes… Pourtant, du côté plus obscur, les femmes se font bien entendre. Mais pourtant, elles ont aussi tendance à semer le doute sur leur genre. C’est comme ça que l’anversoise Charlotte De Witte a commencé sa carrière sous le surnom de « Raving George ». Ce trouble permettrait donc un effet de surprise en live, et pourquoi pas un peu de marketing. « Je suis fille unique et j’ai grandi entourée de six garçons, qui étaient quasiment des frères. Donc je voulais être comme les garçons. Et aujourd’hui encore, j’ai envie de faire partie des ‘guys’ de la techno ! », dit-elle lors de son interview avec le magazine Trax de février 2017. Comme quoi, certain.e.s continuent de qualifier une techno ‘féminine’ de ‘pas sérieuse’, alors que la techno ‘de bonhomme’ envoie du lourd…

15874780_1892033071016141_1937876828025929642_o

De Ian Van Dahl à Cio d’Or… De l’EDM commerciale à une scène plus underground, la répartition des genres n’est pas la même et les attentes du public divergent. Mais en général, les femmes DJ et productrices continuent à se faire rare… Même si du côté techno et house pas trop populaire, elles ne manquent pas à l’appel. On voit des artistes comme Monika Kruse qui a commencé à nous faire danser à Berlin fin des années 90, Amelie Lens avec une techno anversoise plus dark et de qualité, la DJ britannique Andrea Parker et sa musique électronique originale quelque peu mystique, l’américaine toujours bonne ambiance The Black Madonna et sa disco, ou encore la canadienne Xosar et ses sons cosmiques… Et même si certaines peuvent être encore intimidées par l’aspect technique, de nombreux ateliers les invitent à se lancer dans la composition et le mixage. Finalement, les femmes continuent à faire du bruit, bien qu’il y ait encore du progrès à faire et du temps à consacrer à cette problématique. Aux quatre coins du monde, les femmes sont loin d’avoir envoyé leur dernier son. Et que l’artiste soit transgenre, homme, femme ou Al(l)ien… Ils continuent à nous surprendre!

Ecrit par : Emma Pajević

Instagram Feed Instagram Feed Instagram Feed Instagram Feed Instagram Feed Instagram Feed Instagram Feed Instagram Feed
More Stories
ITW : OXIA