ITW : PARALLEL CIRCUIT [FORM AND FUNCTION, VOLTAGE]

Où vis-tu en ce moment et peux-tu brièvement expliquer ton premier contact avec la musique électronique. 

Je vis à Gand depuis quatre ans environ mais je suis né et ai grandi à Ninove. Mon premier contact avec la musique électronique c’était en 2005 en regardant les nouvelles à la télé, j’y ai vu un petit sujet sur I Love Techno. Cela m’a intrigué. J’ai été chercher des sons sur internet et ça m’a tout de suite plu. Depuis ce jour, je n’ai eu qu’un rêve : faire quelque chose de la musique électronique. Que ce soit en tant que DJ, producteur ou propriétaire de mon propre label.

Pour nos lecteurs, qui ne connaissent pas tes influences, ni ton label Form And Function et/ou le Voltage Festival, peux-tu décrire l’univers musical de tes différents projets ?

C’est difficile de décrire une sonorité spécifique car, selon moi, LE son de Form and Function ou Voltage n’existe pas. Je ne me suis jamais mis, ni aucun des mes projets, dans un carcan musicale spécifique. Cela m’est impossible car j’aime beaucoup de styles de musique différents. J’aime tout faire péter, chauffer un public, diversifier and surprendre le public, j’aime l’industriel, l’électro, j’adore la techno des années 90… tout dépend de mon humeur, ma situation et, évidemment, du style musical du moment.

S’il y a une chose qui revient, ce serait que la musique me touche et que je crois en ce que l’artiste – qu’il sorte quelque chose sur un des label ou joue lors d’un festival – essaye de faire. Après cette explication très vague, vous voyez que c’est une démarche/quelque chose de très personnel, il n’y a pas de recette. Il y a beaucoup d’événements et de labels connus pour un genre en particulier dans le spectre techno. Ca ne marchera jamais comme ça pour moi. J’ai besoin de cette variation pour que ça reste intéressant.

Quand on écoute tes dj-sets et les releases des différents artistes que tu sors sur tes deux labels, Form And Function et Voltage, on peut dire que tu as une véritable identité sonore. Es-tu intéressé de traduire cette identité en studio, via tes productions ? 

Depuis peu, j’ai envie de me replonger dedans, de m’y remettre. Je produisais un peu il y a quelques années mais maintenant que j’ai un travail, Ohm et Voltage ont commencé à prendre de l’ampleur et je n’ai plus trouvé le temps. Néanmoins, avec mon travail pour Voltage et Form and Function, l’idée de monter un studio est tout doucement en train de reprendre forme.

Est-ce que tu préfères un public nombreux ou bien préfères-tu de plus petites salles, plus intimiste et adaptes-tu tes sets en fonction de la réaction du public ? 

La taille n’a pas d’importance. Pour moi, c’est plus une question de distance entre le premier rang de danseurs et le DJ. J’ai besoin de ressentir l’énergie, de pouvoir lire le public.

Pour moi, le DJing dans les boites et soirées c’est 100% une quesiton d’ajuster le set à la réaction du public. Il faut ressentir quand il faut y aller un peu plus fort ou quand il a besoin d’une track ou deux pour pouvoir un peu respirer et se reposer. Quand je mixe j’aime jouer avec ce contraste. Tu ne peux pas juste tout faire péter du début à la fin, même dans un headlining slot.

C’est un peu comme rouler en voiture. Si tu roules à 120km/h pendant une heure, à la fin tu ne t’en rends même plus compte, tu t’y habitues. A l’inverse, quand tu passes de 50 à 120km/h, c’est sûr que tu sens la différence.

Comment partages-tu le temps entre tes dates en tant qu’artistes, le management de Form And Function et le travail pour le Voltage Festival? Donnes tu un focus particulier à l’une de ces activités ? A quoi ressemble une semaine « typique » de travail pour toi ? 

J’ai la chance d’avoir une équipe solide autour de moi tant chez Voltage que chez Form and Function, car j’ai encore un mi-temps sur le côté.

Cela veut dire que je travaille beaucoup et que ma vie est réglée à l’heure près. Je travaille du lundi au samedi et, en générale, de 8 à 23h. Je me laisse environ deux heures pour me relaxer et six heures de sommeil par jour. Cela semble rude mais je fais ça depuis cinq ans désormais. C’est un investissement que je fais avec joie pour réaliser mes objectifs de vie. Je vois petit à petit le résultat de toutes ces années de travail.

Quant à la répartition du temps selon le projet : les vendredis sont toujours consacrés à Form and Function et les autres jours à Voltage. Quand le festival approche, c’est parfois difficile de consacrer un jour complet à Form and Function mais je me force à le faire quand même. Form and Function est un hobby et quelque chose auquel je tiens énormément.

Concernant les soirées, j’écoute toujours de la musique en travaillant. De cette manière, quand je me produis le week-end, j’ai mis énormément de musique de côté. Ensuite je prends deux heures pour préparer une sélection qui ira bien là où je mixerai. Les sons qui ne correspondent pas, je les mets une liste d’archive pour les réécouter plus tard si je cherche quelque chose de différent.   

Tu es aussi l’organisateur de OHM, une série d’évènements combinant artistes techno et scènes à la technique impressionnante. Le dernier évènement avait lieu en Novembre 2018, vous avez terminez l’aventure sur une magnifique note. Mais pourquoi as-tu arrêté le concept ? 

J’avais le feeling que notre histoire avait été racontée. Ohm a duré environ sept ans et nous sommes passés de petites soirées dans des cafés à de grands événements et à des « stage hostings ». C’était le début de tout, et j’ai beaucoup appris et obtenu beaucoup d’opportunités, grâce à cela.

Mais ce n’est pas facile d’apporter le genre de musique que j’aime à Courtrai ou à l’ouest de la Flandre. Nous avions déjà atteint le maximum que nous pouvions faire depuis un certain temps. Et je ne voulais pas que OHM disparaisse lentement et devienne quelque chose de dépassé ou quelque chose que l’on prend pour acquis. Et je ne voulais pas non plus amener OHM à Gand et je devoir « vendre notre âme » pour pouvoir réunir au moins 1500 personnes à chaque événement.

Nous avons donc décidé qu’il était préférable de terminer sur une belle note et de se concentrer entièrement sur Voltage et Form And Function. Je n’ai pas regretté ce choix une seule seconde jusqu’à présent. Les deux autres projets prennent tout mon temps, je n’ai jamais de trou dans mes plannings.

Dans le paysage de la musique électronique, la techno est depuis quelques années sur le devant de la scène. D’autant plus avec l’essor de festivals comme Awakenings, Time Warp ou encore Tomorrowland. En tant qu’organisateur du Voltage Festival, ressens-tu un impact de ces festival dans l’organisation du Voltage ? 

En Belgique, vous avez besoin de quelques grands noms si vous voulez attirer suffisamment de monde pour un festival. Vous vous battez donc contre des concurrents de renommée mondiale pour ces noms, car il n’y a que huit week-ends en juillet et en août. Donc, la concurrence est extrêmement difficile.

Heureusement, Voltage s’est bâti une réputation en tant que festival « puriste » et nous sommes maintenant un festival auquel les DJ veulent participer. Cela rend mon travail de booker beaucoup plus facile. Nous avons réussi à compiler notre meilleur line-up à ce jour, mais ce fut de loin l’année la plus confortable pour convaincre les artistes et leur management d’inclure Voltage dans leur calendrier de festivals.

À côté de cela, je pense que nous apportons quelque chose de différent avec notre emplacement et notre concept. Vous devez vous démarquer aujourd’hui si vous voulez percer sur le marché des festivals. Votre concept doit apporter quelque chose de différent. Il ne suffit plus de simplement d’installer des tentes sur le champ d’un agriculteur que vous connaissez. Vous devez penser au-delà de cela à l’heure actuelle.

Certains dj’s son très demandé en ce moment, et leurs tournées ne ralentissent jamais. Ils voyagent de pays en pays chaque semaine à un rythme infernal. En tant qu’organisateur, fondateur de label et manageur d’artistes, penses-tu que cela a un impact sur leur capacité à faire du bon travail et de belles prestations ? 

L’industrie exerce beaucoup de pression sur les DJ et les rémunérations qui sont payées sont ridicules. Cela incite sûrement certaines personnes à faire un mauvais choix de carrière ou à faire des choses qu’elles ne feraient jamais autrement.

Là encore, je pense que chaque artiste peut choisir le chemin qu’il veut. Le business de la techno existe réellement. Mais il reste encore plus qu’assez de personnes qui y participent pour de bonnes raisons, qui aiment la musique et qui apportent toujours le meilleur d’elles-mêmes.

En tant que directeur artistique de labels, tu reçois surement beaucoup de démos. Qu’est ce qui te pousse à signer ou non un artiste sur tes labels ? 

Pour Form And Function, l’artiste doit être né en Belgique. Je veux que le label offre des débouchées pour les talents locaux. En ce qui concerne la musique, je cherche des artistes qui ont leur propre son et qui essayent d’apporter quelque chose de différent. Si vous êtes un passionné de musique, vous aurez rapidement le sentiment que quelqu’un essaie de copier un son en particulier ou d’apporter le sien. Pour moi c’est le début de tout.

Avant de recruter de nouvelles personnes, je les rencontre toujours et discute avec elles en premier. Je veux connaître la personne derrière la musique. Quelle est sa vision? Quelle est sa motivation? Où se voit-il dans quelques années? Ce lien personnel est vraiment important. Je dois aussi correspondre à cette personne dans la vraie vie.

Si le feeling ne passe pas mais qu’il ou elle fait de la bonne musique, il n’y a aucune chance que je le signe sur le label. C’est l’ensemble qui compte.

Selon toi, quels artistes belges émergeants faut-il garder à l’oeil en ce moment ?

En ce qui concerne Form And Function, ce serait Atis, le plus jeune membre de l’équipe. Il a vraiment quelque chose de spécial et je suis sûr qu’il a une grande carrière musicale devant lui. Les histoires qu’il raconte à travers la musique sont incroyables et montrent un talent énorme.

Altinbas également, qui a fait un morceau sur l’un des VA de Voltage, est un artiste qui m’a vraiment surpris par son talent et je suis sûr que vous verrez son nom bientôt plus souvent.

Et puis, il y a Kafim, l’un des meilleurs DJ de Bruxelles. Il travaille actuellement sur son premier EP qui sortira sur Form and Function. Je suis vraiment excité par son travail.

Quels conseils donnerais-tu aux dj’s et producteurs en devenir ? 

Prenez votre temps, ne précipitez pas les choses. Tout le monde a besoin de grandir et de mûrir.

Quelle genre de musique écoutes-tu à la maison ? Ecoutes-tu beaucoup de techno hors de ton travail ? 

Rarement, quand je l’écoute, c’est surtout pour préparer un décor ou pour faire venir un artiste au Festival Voltage.

J’ai un goût assez large en musique. Pour vous donner une idée, mes artistes préférés actuels selon Spotify sont : King Gizard & The Lizard Wizzard, Dope Lemon, Mac DeMarco, Savages, Zwangere Guy, etc…

Tu as sorti une nouvelle série de VA’s sur un nouveau label lié au Voltage Festival, peux-tu nous en dire plus ?

L’idée était de faire quelque chose pour célébrer les cinq ans du Voltage Festival. J’ai commencé par demander à des artistes que je connais bien, s’ils souhaitaient créer un morceau pour une compilation spéciale. Après cela, j’ai demandé à certains de mes artistes préférés, et, à ma grande surprise, tout le monde était enthousiaste.
Je savais que j’avais besoin de 16 artistes pour créer une compilation de 4 disques. C’était un grand challenge pour que tout soit prêt à temps, mais c’était l’une des choses les plus cool que j’ai faites jusqu’à présent.


La réponse a été exceptionnelle et je réfléchis maintenant à la prochaine étape car je souhaite déployer VOLTAGE en tant que label permanent. Je pense que c’est le moyen idéal de montrer ce qu’est VOLTAGE sur le plan musical et que c’est un moyen idéal de donner aux artistes belges une visibilité mondiale à travers le festival. Donc, cela sert à beaucoup de choses et je pense que cela peut être un projet significatif.

Quels sont tes projets pour les prochaines semaines ? As-tu d’éventuelles actualités dont tu voudrais nous faire part ? 

Nous sommes dans les dernières semaines du festival Voltage, donc ça me prend tout mon temps maintenant. A côté de cela, nous allons faire évoluer Form And Function. En effet, le label aura une nouvelle identité visuelle et nous allons changer certaines choses, pour passer de la démo à la piste masterisée finale plus facilement. Pour cela, SP-X sera désormais plus impliqué dans le processus A&R et gérera le mixage pour obtenir le meilleur résultat possible. Je n’ai jamais été aussi excité par l’avenir!

Parallel Circuit a également enregistré un podcast exclusif pour InDepth.

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