ITW : LUNAR CONVOY [NORITE]

A l’occasion de la sortie de son dernier EP sur Circular Limited et des différents évènements qu’il organise dans la capitale, nous avons rencontré Lunar Convoy. Artiste d’origine française, devenu membre influent de scène techno bruxelloise, il est également le co-fondateur de Norite, un label aux sonorités deep-techno qui ne cesse de se développer et de s’exporter.

Nous te connaissons grâce à ton projet Lunar Convoy, lancé en 2014 à ton arrivée à Bruxelles. Tu évolues dans le monde de la musique électronique, mais as-tu toujours été intéressé par cette musique ?

J’ai commencé par écouter ce que mes parents écoutaient, de la world music, de la pop, du rock, du reggae… J’ai également eu une période hiphop pendant l’age d’or de Skyrock. Puis j’ai été batteur dans un groupe de metal, puis un groupe indie-rock durant quelques années. Mon introduction à la musique électronique s’est faite par la house music, que j’ai découverte à Paris en sortant en club. Mon véritable déclic pour la techno a eu lieu à Berlin, à l’Arena Club exactement, où je fêtais mes 26 ans. J’ai pu y découvrir Atom TM live, Alex.Do, Ron Albrecht et Nihad Tule… quel souvenir !

Tu es à la tête de ton propre label, Norite, fondé avec Foreign Material. Peux-tu nous parler un peu de l’histoire du label ? Quand et comment est-il né ?

Nous l’avons créé en 2015, l’idée avait germé en été et ça a pris forme en septembre. En fait, à la base, nous étions 3 à gérer le label, Martin, Sebastian et moi-même. Sebastian à quitté le label récemment mais il était sur les premières releases sous le nom de Miloyko. Je l’ai rencontré dans un co-voiturage, entre Bruxelles et Paris, il avait ses machines avec lui, tout est parti de là. Ensuite, j’ai rencontré Martin, qui à la base, était venu chercher une paire d’enceintes de monitoring que je revendais. C’est là que j’ai découvert qu’il était graphiste et qu’il faisait aussi de la musique. Après, ça été assez rapide, car on a eu directement une résidence à l’Epicerie Moderne (RIP).

A l’heure actuelle je travaille toujours avec Martin et nous gérons le label à deux. C’est d’ailleurs lui aussi qui fait les artworks.

Avec Norite, on peut découvrir un bon nombre de solides tracks évoluant entre techno et deep-techno. On ressent une véritable atmosphère, propre au label. Aviez-vous, dès le départ, fixé une ligne directrice ?

Non, au départ, l’idée de lancer le label, c’était pour pouvoir sortir nos propres tracks. Créer une plateforme où l’on peut s’exprimer. Nous avons sorti deux various où nous étions tous les trois dessus. Ce n’est que par la suite que nous avons commencé à recevoir des démos. Une fois que le truc était lancé, nous nous sommes dit que nous pourrions sortir d’autres artistes, du moins, si ce qu’ils font correspond correspond à l’univers qu’on veut mettre en avant avec le label.

C’est à partir de ce moment que nous avons commencé à créer une ligne directrice, histoire de ne pas partir dans tous les sens. Elle s’est affinée au fil du temps et elle s’affine encore aujourd’hui mais après une vingtaine de sorties à notre actif, nous avons déjà une idée assez claire de là où nous voulons aller. A l’heure actuelle, le son du label s’est développé et évolue dans un univers reconnaissable.

Tu es également producteur. Est-ce une part importante de tes projets ? Quelle est ta relation avec la production et le fait de faire de la musique en général ?

Mon activité de producteur est clairement liée à Norite. Ca a commencé par là, mais je ne crée pas forcément avec Norite en tête. Il y a encore quelques mois, je ne sortais mes tracks que sur mon propre label. Ce n’est qu’en décembre dernier que j’ai signé un EP sur un autre label, Circular Limited. Cela m’a permis de m’ouvrir à d’autres choses et de sortir de l’idée de base, qui était de sortir des tracks exclusivement sur mon label. L’idée était intéressante en soit, mais musicalement et artistiquement, ça me mettait, en plus de la pression, peut-être un certain carcan.

Quand tu produis, à la base, tu ne produis pas pour un label, tu produis pour toi, selon l’esthétique que tu as en tête. Et c’est après que tu proposes ta production à un label, ou à plusieurs label, en espérant que ça corresponde avec leur univers et ce qu’ils recherchent. Et souvent, tu cibles les labels auxquels tu envoies tes démos. Malheureusement, c’est quelque chose que les gens ne font pas assez souvent. Avec Norite, on reçoit des tonnes de démos qui des fois, sont très éloignées de notre univers. On se demande même si la personne a écouté ce qu’on fait avant d’avoir envoyé. C’est un peu dommage, ça fait perdre du temps à tout le monde.

En tant que producteur, quelle est ta relation avec la production ?

Dans mes productions, je recherche l’hypnotisme et avant tout, je dois ressentir moi-même cet effet. Je vais parfois passer pas mal d’heures à bosser sur une loop ou à jammer sur des textures. Je dois d’abord vibrer là-dessus, c’est hyper cathartique. C’est un moyen d’expression comme un autre, je pourrais chanter, danser ou jouer d’un instrument classique. Et bien, ici c’est en allumant mes machines et en faisant tourner des boucles que j’arrive à relâcher des choses que j’ai en moi.

Tu as récemment sorti un nouvel EP, nommé « Sannyāsin », y a t-il une histoire derrière cet EP et les différents titres qui le composent ?

En début 2018, je suis parti en voyage de janvier à fin avril. J’ai été en Inde, au Sri Lanka, en Thaïlande et en Indonésie. Outre le fait que c’était un break incroyable par rapport à ma vie bruxelloise, c’était l’occasion de faire un peu de field recording et de m’immerger dans d’autres culture. L’Inde m’a beaucoup touché, tant le pays que l’ambiance en elle-même.

J’avais regardé en même temps un documentaire de Netflix, sur l’histoire d’Osho, un gourou Indien qui a créé une secte controversée à l’époque. Ce documentaire et son univers ésotérique m’a marqué. Je m’en suis alors inspiré pour les titres des tracks. Ce sont des clins d’oeil à des personnes dont la vie est retracée par le documentaire.

Par exemple, Rajneesh, c’était le vrai nom d’Osho, Sheela, c’était sa première secrétaire et Sannyasin, le titre de l’EP, ça veut dire « l’élève », « l’apprenti ».


Ca résonnait bien avec le voyage en Inde que j’avais fait. J’ai aussi incorporé dans mes tracks des fields recordings de mes pérégrinations et le titre Lubna, est une dédicace à une petite fille qui porte ce nom. Son père avait créé une sorte d’auberge, qui s’appelait justement « Lubna Guest House », où j’ai logé pendant 2 semaines. C’était des espèces de bungalows, dans une petite ville nommée Kuta, au sud de Lombok. J’ai fait des fields recordings depuis la chambre, il y avait des bruits d’oiseaux incroyables, tu avais l’impression d’être dans la jungle.


Il y a notamment une séquence que j’ai utilisé où l’on m’entend parler, on discutait avec un couple qui logeait à côté de nous. Il y avait une ambiance assez incroyable à ce moment là et j’ai essayé de la retranscrire dans ce track. J’ai créé tout ça à mon retour, j’avais beaucoup d’inspiration car je n’ai pas su faire de musique pendant le voyage.

Pour certains producteurs, la collaboration avec d’autres artistes est aussi une part importante de leur travail. Est-ce quelque chose qui t’intéresse ?

Je trouve que c’est une très bonne chose de collaborer avec d’autres artistes. J’ai déjà fait pas mal de collab. avec Martin mais on n’a jamais sorti de tracks ensemble. C’est quelque chose qu’on a en tête, ça devrait arriver, mais on attend le bon moment. Par contre, j’ai fait un track qui est sorti sur le dernier various de Norite. C’est une collaboration avec Ymir, un artiste qu’on a signé deux fois sur le label. Il a une techno que j’adore, à la fois fonctionnelle et ésotérique. Je voulais vraiment travailler avec lui, je lui en ai parlé et finalement, on a fait un track à distance, en quelques jours. Tout s’est fait par internet, on ne s’est jamais rencontré mais on a réussi à faire un truc qui nous plait. C’est ma première vrai collaboration et j’ai vraiment hâte d’en faire d’autres car j’ai bien aimé faire ça.

Si tu avais la plaisir de faire une collab avec un artiste que tu aimes beaucoup, avec qui ce serait?

Si je pouvais en choisir deux, ce serait Dorisburg, pour sa maitrise du groove, et Acronym car il arrive à faire passer tellement d’émotion à travers sa musique…

Tu organises des évènements, sous le nom de Norite, mais aussi en collaboration avec d’autres labels ? Des projets pour les semaines à venir ?

Oui, vendredi 1er mars, nous avons relancé un concept qui s’appelle Obsidian. Il y aura plusieurs évènements dans l’année. C’est une collaboration entre Initiate et Norite et nous allons essayer de faire des line-up avec des headliners exclusivement féminines, le tout accompagné par les résidents de Norites et Initiate. Lors de la première édition, nous avons invité une artiste polonaise, Milena Glowacka, signée entre autre sur Semantica (découvrez notre interview de Milena Glowacka ICI).

Il y a aussi une nouvelle série d’évènements nommée Metropolis qui vient de voir le jour et tu en es le co-fondateur. Il y avait pas mal de mystère autour de la première édition,  vous en êtes maintenant à trois édition très réussies, peux-tu nous en dire plus ?

En fait, depuis quelques mois, avec Altinbas et Sonhan, nous cherchions à lancer des évènements le dimanche après-midi. Nous venons de trouver enfin le lieu, un peu atypique et intimiste. Nous proposons un univers techno tout en s’ouvrant à d’autres expérimentations avec des phases ambient voire carrément expérimentales.

Le but du concept est de créer une communauté autour de nos évènements en s’affranchissant de Facebook. Nous n’avons pas créé de page Facebook, à la place, nous avons lancé un site internet (www.metropolisbxl.be) où le public peut s’inscrire en laissant leur adresse email. C’est via notre mailing list que nous envoyons toutes les informations concernant les évènements.

En tant qu’artiste et organisateur, quel regard portes-tu sur la scène locale et plus largement, sur la scène électronique belge ?

La scène électronique belge, d’un point du vue général est florissante et pas qu’en techno, dans d’autres univers aussi. Il y a un gros contingent de producteurs et de créateurs qui essayent de faire bouger les choses. De même pour certains organisateurs, comme l’équipe du C12 qui a redonné un nouveau souffle à la scène nocturne bruxelloise. La fermeture de l’Epicerie Moderne et du Recyclart à un peu tué la nuit bruxelloise pendant quelques mois, mais maintenant, nous sommes sur une nouvelle lancée. J’ai l’impression que la créativité dont font preuve une bonne partie des acteurs de la scène musicale à Bruxelles est également suivie par le public. Le bouche à oreille commence aussi à bien fonctionner, nous l’avons ressenti sur certains de nos évènements. Je pense que les gens aujourd’hui, sont prêts à s’ouvrir à d’autres évènements peut être plus alternatifs. Le Fuse d’ailleurs l’a bien senti en proposant cette rave dans un tunnel. Même si, le Fuse attire un public très large, ça prouve que les gens ont envie de choses différentes et ça, c’est super important pour les artistes, collectifs et labels à Bruxelles.

En parallèle de cette interview, tu as également enregistré un podcast pour InDepth. Comment l’as-tu préparé et quelle était l’idée que tu voulais transmettre au travers de celui-ci ?

En général, ma playlist est vraiment réfléchie et travaillée en amont. Il y a une structure, une intro, une fin… De plus, mes podcasts, c’est toujours du « vinyle only » sauf cette fois, c’est un mix sur platines « CDJ », en une seule prise. Cela m’a permis de m’ouvrir à une sélection plus large, que je n’ai par forcément en vinyles. Je voulais proposer quelque chose de différent que ce que je fais d’habitude. Beaucoup plus éclectique, plus ouvert et sans frontière, avec de l’ambient et des trucs plus expérimentaux qui sont moins encrés dans la deep-techno que je mixe et que je produis. Le format de 2h est vraiment cool pour ça. Ce mixe est pour moi, l’occasion de dire que je n’ai pas envie d’être trop catégorisé dans un seul univers.

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