ITW : A. BREHME [SONATA FORMA]

Rencontre avec A. Brehme, artiste bruxellois, membre illustre de la scène électronique belge et fondateur du label Sonata Forma dont la première release est sortie il y a quelques semaines.

Sonata Forma a été créé en 2016. C’était des soirées au Fuse avant d’être un véritable label. A ce moment là, l’idée d’un label était-elle déjà présente ?

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Au début, je voulais surtout créer l’univers musical du label. C’est pour ça que j’ai pris mon temps avec les soirées afin d’introduire l’idée, sans utiliser trop de mots, sans faire trop de communication. Cela permettait de donner une idée au public de comment sera le label dans le futur.

On a commencé la première soirée avec Evigt Morker et Deepbass, depuis l’idée musicale a un peu évolué, surtout, si l’on compare la première soirée, en 2016, avec la dernière qui avait lieu en mars. C’est comme ça avec les labels et notre propre identité musicale, ça évolue. Il en va donc de même avec les soirées qui évoluent avec le label.

Quelle est la ligne directrice du label, quel style y est réellement représenté ?
Je n’ai pas un style particulier en tête. L’idée du label est d’avoir une plateforme avec la musique que j’aime, et d’inviter des guests qui me plaisent. Cela va de l’ambient, à la minimale en passant par la techno ou encore d’autres influences.

Tu es le fondateur du label, mais y-a t-il d’autres personnes qui travaillent avec toi ?
Le seul truc que je ne fais pas entièrement moi-même, c’est l’idée graphique. Je travaille avec une fille qui habite à Berlin, qui fait les flyers et les posters du label. Elle a aussi réalisé le design pour le disque qui vient de sortir. En fait son travail correspond à 99,9 % avec mon travail et mes idées, quand je lui envoie une idée ou juste mon sentiment, elle est toujours parfaitement capable de traduire cela à travers l’image. Je n’ai jamais du changer quelque chose, tout ce qu’elle m’envoie est toujours dans mes goûts, c’est unique pour moi.

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La distribution quant à elle est faite via Crevette Distribution avec mon collègue Jakob qui s’en occupe. Pour le reste, il y a encore le mastering qui est fait par Artefacts Mastering à Berlin. D’ailleurs, dans le futur, je vais continuer de travailler avec eux pour le mastering des disques.

Pourquoi masteriser à Berlin et pas dans un studio belge ?
Parce que j’ai un très bon feeling avec Giuseppe de Artefacts mastering. Il a beaucoup d’expérience dans le style de musique que je fais et sa manière de travailler m’attire beaucoup.
Pour le moment, il n’y a pas beaucoup d’ingénieurs qui ont de l’expérience dans la musique que je fais et qui ont les moyens techniques adaptés pour un studio de mastering. Dans le futur, si je rencontre quelqu’un, ici à Bruxelles, qui peut proposer ou qui peut s’identifier avec mon idée, pourquoi pas travailler avec, mais pour l’instant je ne l’ai pas encore trouvé.

Tu en même temps « directeur artistique » ou plutôt « A&R » pour Sonata Forma. Y a t’il des sonorités particulières qui pourraient t’intéresser ou un univers qui va plus facilement attirer ton attention ?
Ce qui est important pour moi, c’est d’avoir un bon sentiment avec l’artiste. Pour l’instant, je n’ai pas encore en tête l’idée de sortir la musique de quelqu’un que je ne connais pas personnellement.
De plus, il faut que je ressente quelque chose au niveau de l’émotion et de la musique. Ca doit bouger au niveau de beaucoup de choses. Ce qui fait que, pour l’instant, ce n’est pas évident de trouver ce qui est 100% pour moi, mais je suis certain qu’un jour cela viendra.

En plus de Sonata Forma, tu es également dj et producteur et tu es reconnu sous le nom de A. Brehme. Quand as-tu commencé ?
A l’âge de 15 ans, j’ai commencé dans la Drum and Bass. C’est une époque où je sortais souvent dans une salle à Schaerbeek qui s’appelait « Structure Béton ». Après quelques années, j’ai commencé à faire de la musique parce que j’avais l’impression que, par rapport à mes potes, je n’étais pas le meilleur en beat matching. J’ai donc commencé à faire ma propre musique quand j’avais 18 ou 19 ans. J’avais un petit live qui était un peu dans la sonorité de cette époque là.

Penses-tu refaire du live ou pas pour l’instant ?
Non, pas pour l’instant. Il ne faut jamais dire jamais, mais pour le moment ce n’est pas mon objectif. Je ne suis pas encore prêt. Si je veux commencer avec un live, je veux être 100 % à l’aise, mais pour l’instant le focus est plutôt juste sur le travail en studio ou derrière les platines.

Dans la scène électronique belge actuelle, voire même internationale, penses-tu que c’est une nécessité d’être producteur ?
Non, pour moi il n’y a pas de nécessité car il faut faire simplement ce que tu ressens. Si tu veux sortir de la musique, il faut sortir de la musique, si tu veux faire de la musique, il faut faire de la musique, si tu veux juste la jouer, il faut la jouer…

Il n’y a pas d’obligations, mais c’est parfois un danger que certaines personnes pensent qu’ils doivent faire quelque chose pour obtenir quelque chose. Ca les rend un peu inquiet mais à mon avis ce n’est pas juste, parce que ce n’est pas le chemin qu’il faut suivre. Le chemin à suivre c’est juste ce qu’on ressent et je pense qu’il n’y a jamais d’obligation.

Et toi, en tant que producteur, as-tu un workflow particulier quand tu travailles ?
Oui, j’essaie toujours de commencer avec « 16 bars ». Je commence surtout avec la partie percussion et puis j’essaie de construire le groove. J’ajoute ensuite des choses telles que du field recording, quelques samples etc… Jusqu’au moment où je sens que c’est assez pour terminer l’histoire. Dès que le groove est là, je commence le puzzle en fait.

Quels sont tes critères pour dire «ce morceau je l’ai terminé» ?
La grosse question ! Quand j’ai l’impression d’avoir terminé quelque chose, je le réécoute chez moi, à la maison, dans la voiture, et je partage les morceaux à deux ou trois personnes de confiance. Lorsqu’ils me disent que c’est bon, qu’ils ont le sentiment d’être satisfaits par ce qu’ils ont écouté, là je peux le considérer comme terminé. Je garde encore le morceau quelques semaines de côté, puis je le réécoute et je rajoute ou j’enlève quelques éléments. Quand le sentiment est toujours présent après plusieurs semaines, j’essaie de me dire « ok, maintenant c’est fini » et je ne touche plus. Je fais l’export, parfois j’efface même le projet, comme ça je n’y touche plus.

D’autres releases prévues pour 2018 ?
Fin avril, il y a un remix pour un des mes amis, Siwei, qui est sorti sur vinyl. Prochainement, il y a encore un morceau qui va sortir sur un VA de Edit Select Record, mais nous n’avons pas encore de dates de release, je viens de recevoir les masters. Et cet été, je compte aller beaucoup en studio.

C’est un peu bizarre, mais j’aime m’enfermer dans le studio en été. Beaucoup de gens sont dehors à cette période et quand je m’enferme dans le studio, je me sens bien, connecté avec la musique. Il y a très peu de monde qui travaille autours, je me retrouve seul, moi, la musique et personne d’autre.

Et pour finir, que penses-tu de la scène bruxelloise ?
J’ai une grande confiance en la scène actuelle. Par exemple, je publie toujours les « new arrivals » de Crevettes Records et il y a deux mois, j’ai posté 4 ou 5 nouvelles releases bruxelloises en une seule semaine. Ces labels là n’existaient pas encore avant l’ouverture du magasin… donc le phénomène qu’on constate, ici via le magasin, c’est qu’il y a des gens qui se rencontrent, qui échangent des plans et des idées. Crevettes Records a aussi créé une plateforme avec des solutions pour les artistes qui ont beaucoup de musiques « unreleased ». Il y a aussi les personnes derrière le C12 par exemple. Ce sont des jeunes avec la véritable envie de faire bouger notre ville et ils le font d’une manière très professionnelle à mon avis, et avec beaucoup de plaisir. Cela me donne pas mal d’espoir pour le futur.

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